Le rachat de crédits, ou regroupement, consiste à remplacer plusieurs prêts par un seul, plus long. Une seule mensualité, plus basse, une seule date de prélèvement, un seul interlocuteur.
Cette page dit ce que l’opération coûte réellement, dans quels cas elle se justifie, et ce que la loi vous garantit face à un intermédiaire.
Ce que vous gagnez, et ce que vous payez en échange
Le principe est arithmétique et il n’a rien de mystérieux. En allongeant la durée, on réduit chaque échéance et on augmente le nombre d’échéances. Le total des intérêts monte donc, souvent beaucoup.
Une opération de regroupement peut ainsi faire baisser une mensualité d’un tiers tout en coûtant plusieurs milliers d’euros de plus sur la durée. Les deux affirmations sont vraies en même temps, et un vendeur honnête vous donne les deux chiffres.
D’où la seule question qui vaille : qu’achetez-vous avec ce surcoût ?
- Du souffle immédiat, parce que le budget ne passe plus et que l’alternative est le découvert permanent ou l’incident de paiement. Là, l’opération se défend, et le surcoût est le prix de la stabilité ;
- un projet à financer en même temps, la trésorerie incluse dans l’opération évitant un crédit de plus ;
- rien du tout, si vous regroupez pour regrouper alors que le budget tient. Dans ce cas, ne faites rien : c’est aussi une réponse.
Deux régimes, et la part de l’immobilier qui décide
Un détail technique qui change vos droits, et que peu de gens connaissent : un regroupement ne relève pas du même droit selon sa composition.
Si la part des prêts immobiliers dépasse 60 % du capital regroupé, l’opération suit les règles du crédit immobilier. Vous bénéficiez donc du délai de réflexion de dix jours sur l’offre de prêt, et de sa validité de trente jours.
En dessous de ce seuil, ce sont les règles du crédit à la consommation qui s’appliquent, avec un délai de rétractation de quatorze jours après acceptation.
Autrement dit, la composition de votre regroupement détermine le régime, et donc le temps dont vous disposez pour changer d’avis. Demandez lequel s’applique : la réponse doit être immédiate.
Ce qui s’ajoute au taux, et qu’on oublie de compter
Le taux affiché n’est pas le coût de l’opération. Quatre postes s’y ajoutent, et ils pèsent d’autant plus que le montant est élevé.
Les indemnités de remboursement anticipé des prêts rachetés. Elles sont plafonnées mais réelles, et elles se paient au moment du regroupement.
La garantie. Au-delà d’un certain montant, une hypothèque est souvent exigée, avec ses frais et son inscription. C’est le poste le plus lourd, et celui qui distingue un regroupement de consommation d’un regroupement à caractère immobilier.
L’assurance emprunteur, recalculée sur le nouveau capital et le nouvel âge. Elle peut coûter sensiblement plus que celle des prêts d’origine.
Les frais de l’intermédiaire, dus uniquement après le versement des fonds, voir plus haut.
Comme pour un prêt immobilier, le seul chiffre comparable est le TAEG, et le seul chiffre qui compte est le coût total en euros. Voir notre page prêt immobilier.
Si vous êtes inscrit au FICP
Le fichier des incidents de remboursement des crédits aux particuliers, tenu par la Banque de France, n’interdit pas d’emprunter : il oblige chaque prêteur à le consulter, et la plupart refusent alors.
Deux choses honnêtes à dire sur ce point.
Il existe des organismes qui traitent ces dossiers, souvent avec une garantie hypothécaire, donc réservés aux propriétaires, et à des conditions moins favorables.
⚠️ Et il existe beaucoup d’escroqueries qui visent précisément les personnes fichées, parce qu’elles sont pressées et qu’on leur a déjà dit non partout. Les signaux sont toujours les mêmes : un accord « garanti sans condition », une demande d’argent avant les fonds, une adresse à l’étranger, aucun numéro ORIAS.
Si votre situation vient d’un surendettement plutôt que d’un simple empilement de crédits, le regroupement n’est pas la bonne porte : la commission de surendettement de la Banque de France l’est, et la saisir est gratuit. Nous le dirons plutôt que de vous vendre autre chose. Voir aussi notre guide sur le compte bancaire en cas d’interdit bancaire.
Les alternatives, avant d’en arriver là
Trois pistes coûtent moins cher qu’un regroupement et méritent d’être examinées d’abord.
La modulation de vos mensualités. Beaucoup de contrats de prêt immobilier permettent de baisser l’échéance ou de suspendre une ou deux mensualités par an, sans frais. C’est écrit au contrat, et rarement utilisé.
Le rachat d’un seul prêt, le plus coûteux, plutôt que de tous. Souvent un crédit renouvelable, dont le taux est sans comparaison avec celui d’un prêt immobilier.
Le changement d’assurance emprunteur, possible à tout moment depuis 2022, sans frais et sans toucher au prêt. Sur un capital important, le gain mensuel n’est pas symbolique, et l’opération est réversible.
Qui peut en bénéficier, et sur quels critères
Un regroupement n’est pas accordé parce que la situation est difficile : il est accordé parce que le prêteur estime que la nouvelle mensualité sera payée. Quatre critères pèsent.
Le taux d’endettement après l’opération, qui doit repasser sous un seuil tenable. C’est tout l’objet du montage, et c’est le premier chiffre calculé.
Le reste à vivre, rapporté à la composition du foyer. Un dossier peut être refusé alors que l’endettement est correct, parce qu’il ne reste pas assez pour vivre.
La qualité de propriétaire ou de locataire. Un propriétaire dispose d’une garantie possible, donc de montants et de durées plus larges. Un locataire reste sur des montants de consommation, plus courts et plus chers.
La stabilité des revenus, et l’absence d’incident récent. Trois mois de relevés sans découvert valent mieux qu’une explication.
⚠️ Un refus n’est pas définitif : il se travaille. Solder un petit crédit, laisser passer quelques mois sans incident et rassembler des relevés propres change matériellement un dossier, sans rien payer.
Après la signature : vérifier que les anciens crédits sont bien clos
C’est l’angle mort de l’opération, et celui qui fait rechuter. L’organisme de regroupement rembourse vos prêts directement, à votre place. Trois vérifications s’imposent dans les semaines qui suivent.
- Demandez les attestations de solde de chaque prêt racheté. Un prêt soldé se prouve par écrit, pas par l’absence de prélèvement ;
- Faites résilier les crédits renouvelables, et pas seulement rembourser. ⚠️ Un crédit renouvelable remboursé mais laissé ouvert se recharge : la réserve redevient disponible, et beaucoup de regroupements se terminent par un nouvel empilement pour cette seule raison ;
- Vérifiez l’arrêt des prélèvements sur les deux mois suivants, et le montant du nouveau, qui doit correspondre au tableau d’amortissement remis.
Gardez enfin le tableau d’amortissement. C’est lui qui vous permettra, dans deux ou trois ans, de juger s’il vaut la peine de renégocier ou de rembourser par anticipation.
Les questions qu’on nous pose sur le rachat de crédits
Le rachat de crédits fait-il baisser ce que je dois ?
Non, l’inverse. Il baisse la mensualité en allongeant la durée, donc le coût total augmente. C’est le mécanisme, pas un piège caché : la question est de savoir ce que vous achetez avec ce surcoût, du souffle ou un projet.
Peut-on me demander des frais avant le versement des fonds ?
Non, jamais. Un intermédiaire en opérations de banque ne peut recevoir aucune somme, à aucun titre, avant le versement effectif des fonds. Toute demande d’argent en amont est illégale, quel qu’en soit le nom.
De combien de temps dispose-t-on pour changer d’avis ?
Cela dépend de la composition. Si les prêts immobiliers dépassent 60 % du capital regroupé, ce sont les règles du crédit immobilier, donc dix jours de réflexion. En dessous, celles du crédit à la consommation, donc quatorze jours de rétractation.
Un rachat est-il possible si je suis fiché au FICP ?
Ce n’est pas interdit, mais la plupart des prêteurs refusent. Des organismes spécialisés existent, généralement avec une garantie hypothécaire donc réservés aux propriétaires. Méfiez-vous des promesses « garanties » : c’est le terrain de chasse des escroqueries.
Faut-il une hypothèque ?
Pas systématiquement. Elle est souvent exigée au-delà d’un certain montant ou lorsque la part immobilière est importante. C’est le poste de frais le plus lourd de l’opération : il doit figurer clairement sur la proposition.
Que faire si ma situation relève du surendettement ?
Saisir la commission de surendettement de la Banque de France, ce qui est gratuit. Un regroupement n’est pas une solution au surendettement, et un intermédiaire qui vous en vend un dans cette situation ne vous rend pas service.
