Le télétravail ne crée pas de consommation d’énergie, il la déplace. Ce qui était chauffé, éclairé et alimenté au bureau l’est désormais chez vous, et la facture change de nom sans que le total national bouge beaucoup.
Ce déplacement a une conséquence tarifaire précise, et elle est rarement dite : les heures pendant lesquelles vous êtes désormais présent sont, par construction, les heures les plus chères de la journée. Cette page explique pourquoi, ce que la réforme en cours des heures creuses y change, et quels postes méritent votre attention, ce qui n’est pas ceux qu’on croit.
La consommation ne disparaît pas, elle change d’adresse
Un logement occupé du matin au soir ne se comporte pas comme un logement vide en journée. Quatre postes bougent, et pas dans les mêmes proportions.
- Le chauffage, de loin le plus important. Un logement qu’on laissait en mode réduit de 8 h à 18 h est désormais chauffé toute la journée, cinq jours sur sept, pendant la moitié de l’année.
- L’eau chaude et la cuisine, parce qu’on déjeune chez soi, qu’on fait du café et qu’on utilise davantage les plaques.
- L’éclairage, en hiver, aux heures où la pièce était inoccupée.
- Le matériel informatique, qui vient en dernier et de très loin, on y revient.
La hiérarchie compte, parce qu’elle dit où porter l’effort. On voit souvent des conseils sur les multiprises et les veilles, qui ne coûtent rien et ne rapportent presque rien, pendant que la consigne du thermostat, qui décide de l’essentiel, reste réglée comme avant.
Pour mesurer plutôt que supposer, deux points d’entrée : notre simulateur par appareil, qui donne la puissance des équipements courants, et notre page consommation, qui explique comment lire la vôtre.
Le chauffage en journée, le vrai poste
C’est ici que se joue l’essentiel du surcoût, et c’est aussi ici que les leviers sont les plus efficaces et les moins coûteux.
Chauffez la pièce où vous travaillez, pas le logement entier. C’est la différence la plus nette entre une journée au bureau et une journée chez soi : au bureau, personne ne chauffe les pièces vides. Un thermostat par pièce ou des robinets thermostatiques permettent de faire la même chose à la maison.
Reprogrammez, ne surchauffez pas. Un programme de chauffage calé sur des absences qui n’existent plus produit deux effets simultanés : il chauffe une pièce vide le matin et il vous laisse au froid l’après-midi, ce qui pousse à monter la consigne. Une reprogrammation coûte zéro euro. Voir notre guide sur le thermostat d’ambiance.
Un degré de consigne se paie. L’ordre de grandeur communément retenu est qu’un degré supplémentaire augmente sensiblement la consommation de chauffage ; nous ne donnerons pas ici de pourcentage, parce qu’il dépend entièrement de l’isolation et du climat. Mais le sens est certain, et la vérification est facile : baissez d’un degré, mettez un pull, regardez votre relevé.
Si vous chauffez au gaz, ces trois leviers s’appliquent à l’identique, et ils y ont même plus d’effet, le chauffage y représentant une part encore plus grande de la facture. Voir nos guides payer moins cher en chauffage et réduire sa facture de gaz.
Heures creuses : la réforme change la réponse
Jusqu’à récemment, la réponse pour un télétravailleur était assez tranchée, et plutôt négative.
La réglementation impose que les plages de 8 h à 12 h et de 17 h à 20 h soient obligatoirement en heures pleines, et l’option compte 8 heures creuses pour 16 heures pleines par jour. Un télétravailleur consomme donc précisément quand c’est le plus cher, et dort quand c’est le moins cher : il paie le supplément des heures pleines sans profiter de la remise des heures creuses.
Le calcul le confirme. Sur la grille du tarif réglementé de vente d’électricité d’EDF applicable au 1er août 2026, à 6 kVA, l’abonnement est identique dans les deux options, 15,86 € par mois. Seul le kilowattheure change : 0,2001 € en option Base, contre 0,2142 € en heures pleines et 0,1589 € en heures creuses. Il faut donc placer environ 25 % de sa consommation en heures creuses pour que l’option revienne au même prix que l’option Base. Sans ballon d’eau chaude électrique programmable ni véhicule à recharger, un foyer présent toute la journée atteint rarement ce seuil.
Ce qui change la donne, c’est la réforme en cours : une partie des heures creuses se déplace vers le milieu de journée, c’est-à-dire vers les heures où vous êtes chez vous. Pour un télétravailleur, c’est le seul développement récent qui puisse renverser la conclusion, et il justifie de refaire le calcul plutôt que de s’en tenir à la réponse d’il y a deux ans.
Le matériel informatique, une consommation surestimée
C’est la question qu’on nous pose le plus souvent, et la réponse déçoit : un poste de travail informatique pèse peu.
La raison tient à un rapport d’échelle. Un appareil de chauffe, radiateur électrique, plaque, four, bouilloire, sèche-cheveux, se compte en centaines ou en milliers de watts. Un appareil électronique, ordinateur portable, écran, box internet, se compte en dizaines de watts. Entre les deux, il y a un facteur dix à cent, et aucune discipline sur les veilles ne comble un tel écart.
Cela ne veut pas dire qu’il n’y a rien à faire, mais les gestes utiles ne sont pas ceux qu’on cite d’habitude :
- Un ordinateur portable consomme nettement moins qu’une tour avec écran fixe. C’est le seul arbitrage matériel qui pèse vraiment.
- Un grand écran consomme plus qu’un petit, et la luminosité y joue.
- La box internet fonctionne 24 heures sur 24, ce qui compense sa faible puissance. C’est le seul équipement électronique du logement à mériter un examen : voir notre page réduire la consommation de sa box.
Pour vérifier chez vous plutôt que de nous croire, notre simulateur par appareil donne les puissances usuelles. L’exercice est instructif : il remet le chauffage à sa place, c’est-à-dire au premier rang.
La puissance souscrite et les pointes de la journée
Le télétravail crée un moment nouveau, autour de midi : chauffage en marche, plaque ou four allumés, bouilloire, éventuellement lave-vaisselle lancé dans la foulée. C’est une pointe qui n’existait pas quand le logement était vide.
Si votre disjoncteur coupe à ce moment-là, la question de la puissance souscrite se pose. Sur la grille EDF du 1er août 2026, l’abonnement passe de 15,86 € par mois à 6 kVA à 19,88 € à 9 kVA, soit 48,24 € de plus sur une année. À noter : au tarif réglementé, l’option Base n’est plus souscriptible au-delà de 6 kVA, la grille précisant que les puissances de 9 à 36 kVA de cette option ont été mises en extinction ; les offres de marché, elles, les proposent toujours.
Avant de monter, essayez de décaler : lancer le lave-vaisselle après le déjeuner plutôt que pendant, ou programmer le ballon d’eau chaude en dehors de ce créneau, suffit souvent. Monter d’un cran est une dépense permanente pour un problème ponctuel ; le décalage est gratuit, et avec les nouvelles plages d’heures creuses d’après-midi, il peut même rapporter.
Tarifs pour une puissance souscrite de 6 kVA en option « Base ».
Offres dont la grille tarifaire a été relevée chez le fournisseur, classées du kilowattheure le moins cher au plus cher dans le scénario affiché. L’abonnement figure en regard : à faible consommation, il peut renverser l’ordre.
| Offre | Abonnement | Prix du kWh |
|---|---|---|
Offre Access | 190,32€ TTC / an | 0,1837€ TTC |
![]() | 211,92€ TTC / an | 0,1919€ TTC |
![]() | 211,92€ TTC / an | 0,1919€ TTC |
Électricité Classic & Green | 188,40€ TTC / an | 0,1937€ TTC |
![]() | 214,44€ TTC / an | 0,1968€ TTC |
![]() | 184,32€ TTC / an | 0,1968€ TTC |
Tarifs mis à jour le . Source
Tarifs pour une puissance souscrite de 6 kVA en option « Heures Pleines / Heures Creuses ».
Offres dont la grille tarifaire a été relevée chez le fournisseur, classées du kilowattheure le moins cher au plus cher dans le scénario affiché. L’abonnement figure en regard : à faible consommation, il peut renverser l’ordre.
| Offre | Abonnement | kWh HP | kWh HC |
|---|---|---|---|
Offre Access | 190,32€ TTC / an | 0,1965€ TTC | 0,1467€ TTC |
![]() | 211,92€ TTC / an | 0,2054€ TTC | 0,1528€ TTC |
![]() | 211,92€ TTC / an | 0,2054€ TTC | 0,1528€ TTC |
Électricité Classic & Green | 190,56€ TTC / an | 0,2062€ TTC | 0,1576€ TTC |
![]() | 214,44€ TTC / an | 0,2106€ TTC | 0,1565€ TTC |
![]() | 184,32€ TTC / an | 0,2106€ TTC | 0,1565€ TTC |
Tarifs mis à jour le . Source
Les questions qu’on nous pose sur le télétravail
Le télétravail fait-il vraiment augmenter la facture ?
Oui, et principalement par le chauffage : un logement chauffé toute la journée cinq jours sur sept pendant la saison froide consomme davantage qu’un logement en mode réduit. Le reste, cuisine, éclairage et matériel informatique, compte beaucoup moins. C’est pourquoi les leviers utiles portent sur la programmation du chauffage et le zonage des pièces, pas sur les veilles.
Faut-il passer en heures creuses quand on travaille chez soi ?
Historiquement, la réponse était plutôt non : les plages de 8 h à 12 h et de 17 h à 20 h sont obligatoirement en heures pleines, et il faut placer environ un quart de sa consommation en heures creuses pour que l’option revienne simplement au même prix que l’option Base. La réforme en cours, qui déplace jusqu’à trois heures creuses entre 11 h et 17 h, peut renverser cette conclusion. Vérifiez vos plages avant de trancher.
Mon ordinateur coûte-t-il cher en électricité ?
Beaucoup moins qu’on ne l’imagine. Un ordinateur portable et son écran se comptent en dizaines de watts, un radiateur électrique en centaines ou en milliers. Le rapport est d’un facteur dix à cent. Le seul équipement électronique qui mérite un examen est la box internet, non pour sa puissance mais parce qu’elle fonctionne en continu.
Faut-il augmenter la puissance souscrite ?
Seulement si votre disjoncteur coupe réellement, et pas par précaution. Passer de 6 à 9 kVA coûte 48,24 € par an d’abonnement supplémentaire au tarif réglementé du 1er août 2026, payés tous les mois y compris ceux où rien ne disjoncte. Essayez d’abord de décaler l’usage qui déclenche la coupure : c’est gratuit.
Vaut-il mieux le gaz ou l’électricité pour chauffer en journée ?
La comparaison ne se fait pas en télétravail plutôt qu’ailleurs : elle dépend de votre installation, du prix des deux énergies et de la performance de votre équipement, et changer d’énergie de chauffage suppose des travaux. Ce que le télétravail change, c’est la durée pendant laquelle vous chauffez, donc l’intérêt de la régulation. Un thermostat bien programmé rapporte dans les deux cas.



