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Solaire : la prime a disparu et le rachat du surplus a chuté de 92 % en trois ans

Un devis solaire qui chiffre encore une prime à l’investissement ou un rachat à 4 centimes vend un calcul qui n’existe plus. L’arrêté du 1er juin 2026 a supprimé la première et divisé le second par douze en trois ans. L’autoconsommation devient le seul argument.

C’est un basculement complet du modèle économique du photovoltaïque résidentiel, et il s’est joué en trois ans. L’arrêté du 1er juin 2026, applicable depuis le 5 juin, supprime la prime à l’investissement et ramène le tarif de rachat du surplus à 1,1 centime d’euro par kilowattheure.

Pour mesurer le chemin parcouru, il faut le voir sur la durée.

La trajectoire du tarif de rachat, en quatre dates

Pour une installation de moins de 9 kilowatts-crête, c’est-à-dire le cas d’une maison :

  • 10,00 c€/kWh d’octobre 2021 à l’été 2022 ;
  • 13,39 c€/kWh en mai 2023, le sommet historique ;
  • 4,00 c€/kWh à partir du 28 mars 2025, soit une chute de 70 % d’un trimestre à l’autre ;
  • 1,1 c€/kWh depuis le 5 juin 2026.

Soit une division par douze en trois ans, ou une baisse de 92 %. Les valeurs jusqu’au 4 juin 2026 viennent des grilles publiées en données ouvertes par la Commission de régulation de l’énergie ; la dernière vient de l’arrêté lui-même, qui institue un tarif unique pour toutes les installations jusqu’à 100 kWc, indexé de 2 % par an sur la durée du contrat.

La prime à l’investissement, supprimée

Le même arrêté met fin à la prime à l’investissement en autoconsommation. Elle valait 0,51 € par watt-crête au printemps 2023 pour une installation de moins de 3 kWc, puis 0,08 € depuis mars 2025. Elle avait donc déjà perdu l’essentiel de sa valeur avant de disparaître.

Concrètement, sur une installation de 3 kWc, cette prime représentait environ 1 530 € en 2023, 240 € début 2025, et zéro aujourd’hui. Elle ne se demande plus, et un devis qui la chiffre est soit antérieur à juin 2026, soit faux.

Ce que cela change au calcul d’une installation

Le modèle a changé de nature, pas seulement d’échelle. Tant que le rachat du surplus était rémunérateur, produire plus que ce qu’on consomme avait un intérêt propre. Ce n’est plus le cas : à 1,1 centime, revendre un kilowattheure rapporte dix-huit fois moins que ne pas l’acheter, puisque le tarif réglementé est à 20,01 centimes.

Toute la rentabilité repose donc désormais sur l’autoconsommation, c’est-à-dire sur la part de votre production que vous consommez au moment où elle est produite. Et cette part dépend de votre mode de vie bien plus que de la qualité des panneaux : une maison vide en journée autoconsomme peu.

⚠️ C’est aussi l’hypothèse la plus facile à gonfler dans un devis. Demandez sur quoi elle s’appuie, et méfiez-vous d’un taux d’autoconsommation annoncé sans référence à votre consommation réelle ni à vos horaires.

Notons au passage la cohérence avec un autre chantier : la réforme des heures creuses déplace des plages vers l’après-midi précisément parce que le solaire rend l’électricité abondante à ce moment-là. Les deux décisions racontent la même histoire.

Ce qui reste, et qui n’est pas rien

Trois leviers subsistent :

  • la TVA à taux réduit, dont le taux dépend de la puissance installée. Il a changé plusieurs fois depuis 2025, donc à vérifier au moment du devis plutôt qu’à supposer ;
  • les aides locales, région, département ou intercommunalité, qui existent dans certains territoires et pas dans d’autres ;
  • le tarif de rachat lui-même, qui reste un contrat garanti vingt ans et indexé de 2 % par an, même à 1,1 centime.

Et surtout, l’électricité que vous ne payez pas. C’est devenu l’argument principal, et il se chiffre sans aide publique.

Comment lire un devis aujourd’hui

Dans cet ordre, et sans se laisser entraîner vers le prix total :

  1. La production annuelle estimée, en kilowattheures, et la méthode qui la fonde. Une estimation qui ne cite ni l’orientation, ni l’inclinaison, ni les masques d’ombre n’est pas une estimation.
  2. Le taux d’autoconsommation retenu, qui décide de tout depuis juin 2026.
  3. Ce que le prix comprend : matériel, pose, démarches de raccordement, mise en service, garantie décennale du poseur.
  4. Les garanties, séparément : panneaux, onduleur, production. Elles n’ont ni la même durée ni le même porteur, et l’onduleur est la pièce qui se remplace en premier.

⚠️ Et le signal d’alarme, simple à retenir : un devis qui annonce encore une prime à l’investissement ou un rachat à 4 ou 13 centimes ne décrit pas le droit en vigueur.

FAQ

La prime à l’autoconsommation existe-t-elle encore ?

Non. Elle est supprimée depuis le 5 juin 2026 par l’arrêté du 1er juin 2026. Elle valait 0,51 € par watt-crête en 2023, puis 0,08 € depuis mars 2025.

À combien est racheté le surplus aujourd’hui ?

1,1 centime d’euro par kilowattheure, contre 13,39 centimes en mai 2023. Le contrat reste garanti vingt ans et indexé de 2 % par an.

Le solaire est-il encore rentable ?

La rentabilité ne vient plus de la revente mais de l’autoconsommation : ne pas acheter un kilowattheure à 20,01 centimes rapporte dix-huit fois plus que le revendre à 1,1. Tout dépend donc de la part de production que vous consommez sur place.

Quelles aides restent disponibles ?

La TVA à taux réduit selon la puissance installée, à vérifier au moment du devis, et d’éventuelles aides locales de la région, du département ou de l’intercommunalité.

Comment repérer un devis périmé ?

S’il chiffre une prime à l’investissement ou un tarif de rachat à 4 ou 13 centimes, il est antérieur à juin 2026 ou il décrit un calcul qui n’existe plus.

Sources

  1. Arrêtés tarifaires photovoltaïques en métropole, grilles S21 en données ouvertes (www.cre.fr)
  2. Arrêté S21 : détail des modifications et nouveau tarif unique (www.photovoltaique.info)
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